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Le triangle dramatique

L’Analyse Transactionnelle est un courant et une méthode élaborée par E. Berne et se définissant comme  une théorie de la communication, de la personnalité et une psychothérapie.

L’Analyse Transactionnelle est un outil intéressant, pratique, plus focalisée sur le « comment » mais complémentaire à la méthode psychanalytique plus centrée sur le « pourquoi ».

Approche idéale pour une perspective intégrative en tant que psychologue clinicien.  

L’Analyse Transactionnelle s’appuie sur la théorie des jeux désignant un ensemble structuré de transactions, avec des rôles attribués, des règles établies et des issues prévisibles.

Ce n’est pas un jeu au sens pédagogique et ludique mais car il possède sa structure et ses règles, les jeux deviennent pénibles à l’excès.

Certaines expressions courantes témoignent de la présence des jeux : « Tu as le beau rôle », « Ne rentre pas dans son jeu ».

Le jeu le plus célèbre a été identifié par S. Karpman à travers son « triangle dramatique » (dit également de Karpman) que nous allons explorer dans cet article.

Les réflexions présentées s’appuient sur son livre éponyme.    

Source de l’image

Pour comprendre simplement le triangle, rappelez-vous des contes : il y a toujours un vilain, une personne en détresse et le héros.

Plus synthétiquement : « Le bon, la brute et le truand ».

La présence d’un triangle n’empêche cependant pas une certaine véracité des faits : en effet, un employé peut être harcelé par son chef, un élève rabaissé par un professeur, un conjoint agressé par son partenaire, etc…

La perspective du triangle est cependant dynamique : l’homme n’étant « ni ange, ni bête » (B. Pascal), il peut arriver que nous jouions chacun des rôles alternativement car nous présentons ces trois tendances.

Ce n’est cependant pas un problème qualitatif.

Selon S. Karpman, le triangle devient pénible lorsqu’il empêche l’adaptation à la réalité, son recours devient excessif, systématique, l’identification à une tendance devienne rigide et engendre de la souffrance.

Two men argue while a woman looks frustrated at a laptop in an office environment.

« Si les torts n’étaient que d’un seul côté, les disputes cesseraient aussitôt » F. de la Rochefoucauld   

S. Karpman parlait ainsi de responsabilité partagée, excepté dans les situations de délits ou de traumatismes.

L’article présente les conséquences au niveau individuel, elles sont plus importantes au niveau collectif.

Concernant la Victime, pas de méprise, on peut avoir été réellement victime de préjudices reconnus légalement.

La difficulté est lorsque ces préjudices servent d’alibi de mauvaise foi : « J’ai été licencié donc je ne chercherai pas de travail » ou épuisent l’entourage : le célèbre jeu du « Oui, mais… ».

Le drame de la victime est qu’elle confond vulnérabilité et incapacité.

La victime est souvent représentée par Calimero.

Le crédo de la Victime est qu’elle préfère se plaindre dans le noir plutôt que d’allumer des bougies.   

Paradoxalement, bien que gratifiant, le rôle du Sauveur n’est pas toujours le beau rôle car il peut à l’excès maintenir la victime dans l’incapacité et de fait empêcher son autonomie en la surprotégeant : « L’enfer est pavé de bonnes intentions » (Saint Augustin).

L’ironie est que tout sauveur déçu peut potentiellement devenir persécuteur : « Oh et puis débrouille toi ! ».

Les sauveurs tenant à conserver cette posture peuvent jouer à l’ « avocat du diable » en défendant l’indéfendable et maintenant ainsi une culture de l’excuse.

Cependant, expliquer n’est pas excuser.

A l’excès, le complexe du sauveur peut mener à l’épuisement.

C’est en se conformant à cette représentation que certains soignants finissent en burn-out car ils surestiment leurs moyens.

Le credo du Sauveur est qu’il préfère donner du poisson que faire apprendre à pécher.

Le Persécuteur évoque le parent ou le chef tyrannique.

Il est critique, rabaissant et épuisant.

Il valorise rarement les autres, les compliments pouvant être considérés comme des aveux de faiblesse.

Il sait toucher les points sensibles et donc peut humilier ses proches ou ses subordonnés.

Il est autoritariste et il maintient son emprise par la crainte qu’il suscite : « Le tyran n’a de pouvoir que celui qu’on lui donne » (E. de la Boétie).

Il n’est jamais satisfait car il cherche à concrétiser des exigences impossibles.

Le credo du Persécuteur est qu’il trouve toujours le bâton pour battre, un de ses jeux préférés est « Les défauts ».   

A couple in disagreement standing back to back with crossed arms, indoors.

Pour illustrer, prenons l’exemple d’un conjoint qui demande à son partenaire d’aller promener le chien.

« C’est à ton tour de promener Milou » (Demande)

« Oh non, pas ce soir, je suis fatigué » (Victime)

« C’est à toi de le faire et tu ne discutes pas » (Persécuteur)

« Tu m’énerves, j’en en assez, après mon chef c’est toi qui me fait des reproches » (Persécuteur) « J’ai déjà eu une journée pénible et j’ai besoin de repos » (Victime)

« Oh je suis désolé de l’apprendre, dans ce cas, c’est moi qui vais promener Milou »(Sauveur)

« Oh merci, promis je le ferai demain soir » (Sauveur)

A diverse group of young professionals joining hands in a cheerful and supportive team-building activity.

Un modèle complémentaire est le triangle de compassion, reprenant les tendances du triangle de victimisation mais de manière plus adaptée et pour sortir de la manipulation.

P pour Puissant : il est parfois nécessaire d’incarner une figure d’autorité afin de permettre l’intériorisation du principe de réalité et le respect des règles.

Par ses exigences, le puissant sollicite la « volonté de puissance » (F. Nietzsche) et permet de s’élever voire de se surpasser.

Le puissant critique ce que la personne fait (conditionnel) plus que ce qu’elle est (inconditionnel), il s’efforce ainsi d’être juste.

Le puissant récompense chacun selon son mérite.  

Exemple : « Je ne te déteste pas, je constate que tu es arrivé en retard et tu seras donc sanctionné en conséquent »

S pour Sociable (ou Secourable) : Le sociable propose son aide si la personne la sollicitant le lui demande précisément.

Il manifeste de l’empathie, de la sollicitude et est généreux.

Cependant, il ne s’épuise pas, sait prendre soin de lui et priorise l’obligation de moyens.  

Le sociable respecte enfin le principe qu’une charité bien ordonnée commence par elle-même.

Exemple : « Veux-tu que je vienne t’aider à ton déménagement Samedi ?»

V pour Vulnérable : Cette posture tient en considération la vulnérabilité mais ne déresponsabilise pas et ne soustrait pas aux obligations.

Le vulnérable ne se dénigre pas excessivement mais à conscience de ses limites, de ses moyens et de ses défauts, il est ainsi réaliste.

Le Vulnérable assume donc ses talons d’Achille mais cela peut expliquer sans constituer pour autant une excuse.

Exemple : « Certes, je suis dyslexique mais je dois tout de même faire mes devoirs même si c’est plus compliqué me concernant »

A couple meditating on yoga mats in a bright modern living room. Serenity and relaxation.

« C’est à ton tour de promener Milou » (Demande)

« Oh non, pas ce soir, je suis fatigué » (Victime)

« Nous avions défini comme règle que nous le promenions chacun notre tour un jour sur deux » (Puissant)

« Tu m’énerves, j’en en assez, après mon chef c’est toi qui me fait des reproches » (Persécuteur) « J’ai déjà eu une journée pénible et j’ai besoin de repos » (Victime)

« Ah je suis désolé de l’apprendre et que tu n’aies pas passé une bonne journée» (Sociable et reconnaissance de la Vulnérabilité) « Peut-être que promener Milou pourrait t’aider à penser à autre chose » (Sociable)

« Pourquoi pas en effet  » (Réponse à la demande)

Le conjoint concerné concèdera peut-être ultérieurement ses torts.

Le modèle du triangle dramatique permet ainsi de prendre conscience de certains processus enclenchés et explique pourquoi certaines personnes ont tendance à répéter des situations désagréables à travers un modèle accessible.

L’Analyse Transactionnelle peut ainsi permettre à certains patients d’effectuer le travail complémentaire de connaissance de soi à celui de résolution des problèmes actuels dans « l’ici et maintenant » et de s’en soustraire pour devenir plus épanoui.       

Silhouette of dead old tree trunks in calm lake surrounded by lush green forest against cloudless blue sky reflecting in water

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